Parce que je n’avais pas encore parlé de l’accent (dit le fameux québécois).
Tel que promis, une avalanche de billets suivra dans les prochains jours… Pour les retardataires, faire glisser la souris sur les autres articles en bas aussi. :)


Mardi matin, dans le tramway bondé pour me rendre à la fac. Mon cellulaire sonne, je réponds :
- Salut! Shui dans le T1, je m’en viens dans pas long! Shui un peu à boutte, c’est jammé pis on avance pas, c’est l’enfer. Pis j’técoeurée de pas avoir mes verres de contact, ça’m rend tellement vedge, j’vois rien. Toi, ça va?
- …
- Ouin, moi itou. T’as-tu besoin de passer faire ton épicerie après le cours? Parce’que moi j’ai pu de beurre de peanut pis shui en manque. Feck ça f’rait mon affaire si on faisait un détour, pis en plus y mouille pu.
- …
- Ok! Feck on s’voit tantôt! Bye!
Vous auriez du voir les yeux de la dame en avant de moi, qui me fixait du coin de l’oeil sans vouloir me dévisager. Hi-la-rant. Je vous jure. Apparemment, il avait bien compris par le vocabulaire que je parlais Français, mais elle n’avait pas pigé grand chose, la pauvre. Tout en parlant, je m’était retournée quelque fois vers elle , légèrement agacée par son regard insistant, à la fois plein de curiosité et un peu choqué (les gens sont un peu farouches en nous écoutant pour la première fois, jusqu’au moment où l’on précise ce qu’ils voulaient entendre, soit qu’on est Québécoise, et alors là, on devient tout attendri, on nous prends pour la cousine un peu naïve de la famille et on se marre de notre accent en nous disant à quel point on les fait rigoler. Bah oui, c’est drôle hein, demander le prix de vos pommes… À la fin, ça commence à devenir chiant d’être la petite cousine qui fait bien rigoler quoi qu’elle dise…), mais à chaque fois que j’esquivais un mouvement envers sa direction, elle détournait le regard. J’ai donc décidé de lui en donner pour son argent, accentuant mon accent comme celui de mes adorables grands-parents, question de rigoler un peu… ;-)
Elle a continué ce jeu là un petit peu encore, le je-te-regarde-pas-très-subtilement-mais-je-m’en-fou-d’être-polie, jusqu’à ce que je raccroche. Puis je me suis rapidement tournée vers elle, j’ai fait mon plus grand sourire et une grande paire de yeux exagérés qui mimait la stupéfaction, l’air de dire « Ohhhh! Une Québécoise! Ohhhh! Elle a un accent! », puis je suis sortie à l’arrêt suivant.
Ça m’a terriblement fait du bien d’être un peu insolente, de retrouver mes 15 ans le temps de 15 minutes. :) Habituellement, je prends un léger accent français lorsque je me ballade seule, question d’avoir la paix et que le mot ÉTRANGÈRE ne clignote pas dans mon front au moment même où j’ouvre la bouche. Surtout lorsque je me promène à Guillotière le soir en parlant au téléphone, où quand je fais mon marché, pour ne pas subir le taux d’inflation du prix des légumes réservé aux touristes. Et puis habituellement, j’aurais peut-être baissé le ton de ma voix, pour être tranquille justement, ou peut-être un peu par malaise… Tristement d’ailleurs. Mais il a des jours où on a besoin, où on a envie d’être soi et mardi en était un. Il a des jours où on en a marre d’éviter les embrouilles et de se fondre à la masse pour passer incognito. Il a des jours où on aimerait vivre, simplement, sans devoir s’habiller en noir de la tête aux pieds et prononcer ya(ug)ourt, ya-ourte… Con comme ça.


(La Saône, encore et toujours, aussi magnifique au coucher du soleil…)
Pour les curieux, voici ce que j’aurais pu dire si mon portable avait sonné…:
- Coucou! Oui, je suis dans le tram! Je serai bientôt arrivée. J’en ai un peu marre, les rues sont bloquées, machin machin, et du coup, on est pris dans le trafic, tu vois. Et ça trop fait chier d’avoir perdu mes lentilles, c’est trop relou là. Voilà. Et toi, ça roule?
- …
- Ah oui! Moi aussi, quoi. T’as besoin besoin de faire le marché après le cours? Je crois ne plus avoir de faisselle et du coup, j’ai rien pour le ptit déj demain.Voilà. Et puis il fait trop beau là, quoi.
- …
- Si, si! On se voit tout à l’heure! Bisous! Chow!
Je suis souvent frappée par mon statut d’étrangère, et cela survient souvent comme une illumination. En étudiant cette semaine un tableau de Turner, ce peintre romantique anglais qui a nous a livré Tempête de neige et vapeur (peinture qui représente un bateau à vapeur dans une tempête de neige, si vous n’aviez pas deviné…), mon charmant professeur, M. de Vergnette, s’est mis à expliquer l’effet par lequel Turner arrivait à rendre le réel de la tempête, soit en mélangeant couleurs et textures, mouvement et déséquilibre. L’application de touches de couleurs indistinctes les unes des autres permet au mouvement de procéder, puis en survient le dynamisme sublime du tableau. M’enfin…
Puis ça m’a frappé. Dans cette salle, parmi la cinquantaine d’élèves assis autour de moi, j’étais, très fort probablement, la seule qui savait véritablement ce qu’était qu’une tempête de neige et qui en avait vécu une (ou plusieurs…) Une chose aussi banale, pour moi, devenait, dans la bouche du professeur, une force de la nature terriblement exotique et chaotique, voire terrifiante par son incongruité. Bref, ça m’a fait bien sourire, ce petit rappel de mon statut d’étrangère, que j’ai souvent tendance à oublier parce que la langue est la même, surtout pendant les cours, les professeurs adoptant un ton neutre dénué de tout argot ou expressions typiquement françaises.

*****
La semaine dernière avait lieu le Printemps des poètes à Lyon, événement auquel, en ma qualité de littéraire, j’ai assisté à quelques reprises (je vous invite d’ailleurs à assister à certains événements du Printemps des poètes de Québec qui a lieu jusqu’à la fin mars et dont la programmation est si vaste que je suis sure que vous y trouverez quelque chose qui vous plaira. ;-)
Jeudi dernier, après être allée prendre le thé chez Éva et Jean-Baptiste, deux amis Français (que, ironiquement, j’ai d’abord connu lors d’une fête où moi et Jibé avions longuement débattu sur l’accent français versus l’accent québécois. Il déclamait alors -très égocentriquement- que les Français n’avaient pas d’accent et qu’ils étaient le degré zéro de la langue, bref, la pureté incarnée… Il s’est depuis calmé et comprends désormais beaucoup mieux les nuances et les enjeux de la langue, bouteille dans le nez en moins aidant. ;-) qui possèdent donc un appartement formidable situé juste au-dessus d’une boulangerie, dans le quartier des Brotteaux, ce chic quartier dans le 6e arrondissement où est d’ailleurs situé le Parc de la Tête d’Or et le désormais célèbre Petit-Poney d’Amour.
Or, tout ce long paragraphe pour dire qu’après, en compagnie de Julie et d’Élise, nous nous sommes arrêtées au Théâtre de l’Élysée, à Guillotière et où l’on présentait une relecture dans le cadre du Printemps des poètes des œuvres poétiques, ma foi, fortes rigolotes de Jean Tardieu. J’ai bien aimé la relecture des Problèmes de géométrie poétique écrits par Tardieu, autour duquel il a créé un personnage, celui du Professeur Froeppel qui se pose des questions existentielles sur le temps, l’espace, la géorgraphie etc, bref des questions typiquement comme je les aimes, soit à la fois absurdes et incongrues. Quelques exemples qui m’ont bien fait sourire :«
L’espace
Étant donné deux points, A et B, situés à égale distance l’un de l’autre, comment faire pour déplacer B, sans que A s’en aperçoive ?
L’arithmétique
Pendant l’absence de Zéro, le petit “Un” joue à cache-cache avec le petit “Deux”. Combien sont-ils ?
L’algèbre
Étant donné qu’il va se passer je ne sais quoi je ne sais quand, quelles dispositions, prenez-vous?
Petite cosmogonie pratique
Construisez un monde cohérent à partir de Rien, sachant que : Moi=Toi, et que Tout est Possible. Faites un dessin.
La vie de tous les jours
Si, dans la rue, un réverbère s’approche de vous et vous demande du feu, comment vous y prenez-vous pour ne pas paraître décontenancé?
Vous êtes chez le coiffeur. Un vieillard à la longue barbe blanche, vêtu d’un tablier blanc, vous prie poliment de vous asseoir. Or, ce n’est autre que Dieu. Lui donnez-vous tout de même un pourboire?
La métaphysique
Est-ce que l’univers vous apparaît comme un « poids »? Que vous portez? Que vous traînez? Ou, au contraire, avez-vous l’impression de « flotter » sur le monde? Motivez vos réponses.
Comment vous représentez-vous l’Être? A-t-il des plumes dans les cheveux?
Le Néant est-il plus sensible le dimanche que les autres jours? Souhaitez-vous y passer vos vacances?
Je sais pas vous, mais moi, j’adore. :)

Puis samedi dernier, encore dans le cadre du Printemps des poètes, j’ai assisté en compagnie de Julie, Élise, Giulia et Yuta à un événement qui s’appelait Lave ton linge sale en public, et qui consistait à un récital de poésie, dans une laverie de quartier! L’ambiance était super sympa, très décontractée et intime. J’ai davantage accroché lorsque deux jeunes femmes se sont mises à faire de la poésie-dansée : entre les laveuses automatiques, elles se sont mises à bouger, dans une chorégraphie contemporaine très inspirée, au son des paroles de l’une qui lisait un poème, ou au son de voix extérieures qui récitaient des vers sur de la musique basse. C’était très particulier et l’effet d’étrangeté, complètement réussi, dans un lieu aussi incongru. J’ai bien aimé le mélange de tout ce qui en résultait, l’aspect esthétique de la laverie, les corps en suspension selon les virgules, les gestes frôlés puis repris, la langue éclatée entre deux essoufflements…
Puis pour clore ce billet culturel en beauté, je reviens tout juste d’un concert donné par l’orchestre de l’Université Lyon III, dont fait partie Mala, une amie allemande et auquel elle nous avait conviés. Comme je l’avais déjà mentionné, ma culture en terme de musique classique est malheureusement assez limitée, à vrai dire totalement inexistante, et je me suis donc contentée de fermer les yeux et me laisser bercer par la mélodie et les nuances. Détail particulier, j’ai aucune idée de si c’est fréquent ou pas, mais la moitié du concert était dirigé par un mec d’environ 18 ans, qui faisait office de chef d’orchestre (avec les grands mouvements et tout le tralala), tout en étant assurant également un solo de clarinette d’une dizaine de minutes. Épatant. Le genre de gars voué à une brillante carrière plus tard et dont le professeur nous a longuement vanté les prodiges avant de le faire monter sur scène, l’émotion et la fierté transperçant sa voix. C’était franchement beau à voir…
Les couchers de soleil dément que l’été nous donne.
- Je re-publierai très très bientôt! Bisous! :)







Re salut lyly,
Est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi tu as seulement une paire de verres de contact que tu a échappé dans le lavabo? Pis en passant, àa te fait bien tes lunettes donc arrête de chialer!!! Désolé ma ptite ly, mais je ne pense pas aller voir de la poésie à Québec. Je n’ai rien compris de ce que tu as écrit donc…
Changement de propos, ça coûte vraiment plus cher pour les touristes les fruits?? Je vais commencé tout de suite à me pratiquer à parler le français quoi!!!
Quand on va venir te voir en mai, je t’amènerai un pot de tire d’érable. Est-ce que tu penses que j’ai le droit d’en amener dans l’avion??
bizou je t’aime fort xxx
mymy
Est-ce qu’on t’a demandé si tu étais Belge jusqu’à maintenant? Quand j’étais en Espagne au printemps dernier, une femme m’avait demandé si j’étais canadien ou belge! Faut croire que les Français ne comprennent personne d’autre que les habitants de leur propre pays!
LYYYYYYYY! t’es si belle sur ta photo!
mais fais-moi pas croire que tu parlais de même, t’as jamais parler en espèce de gros jargon beauceron!:P
moi oui par exemple, pis j’ai pas peur d’être insolente;) qui s’attache la tuque aik dla broche les ptits français
JARRIVE!
xxx
Parce qu’on aime se faire comprendre de tous, mais surtout parce qu’on aime l’endroit d’où l’on vient, je comprends ta joie à parler l’accent exagéré pour le plus grand plaisir d’une paire de yeux furtive !
J’ADORE les Problèmes de géométrie poétique écrits par Tardieu que tu as laissé dans ton billet ! J’en recopie quelques-uns pour m’en rappeler éternellement !
Bisouxxx
aaaaaaaaa mais tu es siiii belle sur ta photoooo, tu rayonne tellement. pis maudit que j’aurais payé pour voir la dame qui te-regarde-pas-très-subtilement-mais-qui-se-fou-d’être-polie. hihihihi tu m,a fait tellement rire, même ma mère aime te lire et regarder tes photoos !
jtadooore
xxxxxxxxxxx
@ My : oui oui oui! De la tiiiiiiire! Oh wow!
@ le voyou: Bienvenue! :) Et ouais, les Français ont une sérieuse tendance à croire qu’ils sont le centre du monde… partout, tout le temps, sur n’importe quel sujet, et spécialement lorsqu’on en vient aux relations Québec-France!
@ Cath : Allo Brigitte! Hihihi! :)
Salut ma belle franca cesse
De belles photos et de beaux mots de poésie. J’aime bien aussi tes problèmes de géométrie poétique, c’est plutôt marrant ( mot que tu dois comprendre)
Nous serons avec toi dans trois semaines. Je prépare mon accent du Lac Saint-Jean là là. Y connaissent tu ça là là dé beulleuts, pis du chou de Siame. j’aurai ma fruck pis les rubbers du chars seront ben gonflés .
En attendant je t’embrasse ( je te fais la bise )
Je t’aime
PapSyl
Yo poulette!
J,ai une connaissance qui a déménagé à Madrid durant 1 an. Il s’est fait féliciter par une dame française un jour :
-Oh! mais vous parlez un très bon français vous! Vous avez vachement du talent pour les langues et tout!
-Mais non madame, je suis québécois, je parle français à l’origine.
-Oh! comme c’est mignon! si jeune et déjà si attaché à une belle langue étrangère. Vous avez pas voyagez beaucoup à votre âge pour tomber si rapidement en amour avec la deuxième langue que vous croisez dans la rue. (de quoi du genre! sans farce!)
-Non…je suis KÉBÉKOI pure laine. Je parle francais depuis que je suis jeune et je n’ai pas parlé autre chose que le français avant un bon bout de temps en plus. (tsé, il était insulté de se faire dire qu’il avait du “talent”… et encore pluss que la dame ne le croit pas francophone.)
-(Rire de la dame!) Vous êtes très drôle. Et en plus, c,est bien dommage pour vous, mais je connais très bien l’accent des québécois et c,est pas du tout comme je vous entend. Alors bon! je sais pas d’où vous êtes mais vous m’aurez bien fait marcher aujourd’hui! Allez, dites moi d’où vous êtes? ça serait sympa!
Non mais…c’était la goûte. Pi il était pris dans le tram avec elle pendant encore un bon bout. Il a arrêté de la regarder. de lui répondre aussi me semble. Tsé : pauvre madame de se penser si bonne et qui connait otut. et Pauvre Julien qui ne s’est même pas senti à la hauteur de son accent québécois.
ouf! :)
Machin machin, après c’est pareille quoi! bon, je me tire.
Cass