Escapade : Saint-Romain Mont d’Or

2009 mars 29
by ly

Il y a de cela quelques semaines (je sais, j’ai du retard dans mes escapades), je me suis rendue en compagnie d’amis Erasmus à Saint-Romain Mont-d’Or, une petite commune au Nord de Lyon située à flanc de colline. Sur un coup de tête, j’ai joyeusement sauté dans la voiture de Léo, sans vraiment savoir où s’en allait, me disait simplement que ma vaisselle pouvait bien attendre, quand la température frôle les 25 degrés et lorsqu’on nous offre une balade en voiture avec des amis qui connaissent la région. Soyez spontanés et l’extraordinaire viendra à vous, disions-nous! ;-)

Or, après avoir longé la Saône, contourné la magnifique Île Barbe, puis erré un peu dans les champs lyonnais éclairés par les rayons du soleil en fin d’après-midi, nous nous sommes arrêtés au cœur du village de Saint-Romain, pour visiter La demeure du Chaos, une ancienne demeure datant du XIIIe siècle, maintenant totalement transformée par Thierry Ehrmann, homme d’affaire milliardaire et plasticien, dans le but d’en faire une œuvre d’art contemporaine unique en son genre…

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Et pour être unique, ça l’est! Sur un vaste terrain s’étend une panoplies d’œuvres d’art contemporaines exprimant chacune à leur manière le chaos et l’absurdité du monde moderne : hélicoptère écrasée au sol, tanks calcinés, ferraille de voitures peintes, conteneur à déchets transformés en fresques artistiques, coque de bateau rouillée, citations en graffiti absolument partout, vestiges de météorites, poutrelles de béton tordues, bunker repêché en mer, c’est un dépotoir à ciel ouvert qui s’exprime et à travers lui, le désordre de l’Homme. Sur les murs, des signes ésotériques côtoient les portraits de Oussama Ben Laden qui siège à côté de Gandhi, Fidel Castro ou le Dalaï Lama, sur fond noir ou rouge sang. En plein milieu du terrain, un bassin d’eau rougeâtre rappelle un bain de sang et y gisent bidons d’essence et débris quelconques.

Pour une vue aérienne d’un petite partie de la Demeure, cliquez ici (allez, cliquez!)

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En pénétrant dans l’enceinte de la demeure, j’ai été d’emblée particulièrement surprise devant l’abondance de ferrailles et le fouilli qui règnait (un vrai bordel, mais un beau bordel!) et j’avoue que j’ai du prendre une bonne dizaine minutes avant que mes yeux acceptent de regarder les choses autrement et donc, de laisser tomber ma perception habituelle de la carcasse calcinée d’une voiture projetée dans le sable pour en voir une tentative de « déconstruction » artistique. Aussi bien le dire, faut avoir l’esprit plutôt ouvert… (et éviter d’y emmener ses enfants. J’ai croisé un petit bonhomme haut comme trois pommes qui regardait avec effroi la représentation de la guerre en Irak, exprimée par la carcasse béante d’un tank brûlé laissant dépasser un bras humain ensanglanté… Il m’a regardé sans comprendre, les yeux ronds et empreints de frayeur…)

Le site se veut une création collective, initiée par Thierry Ehrmann, mais qui regroupe plus de 3000 œuvres réalisées par 70 artistes, dont Ben, dont vous reconnaitrez peut-être la signature sur les photos. Elle se veut une représentation des scènes médiatisées de catastrophes et d’événements d’actualités chaotiques, comme les événements du 11 septembre 2001 (qui sont à l’origine de la création de l’œuvre), les guerres en Afghanistan ou en Irak ou les combats en Palestine, par exemple. Sa conception s’apparente beaucoup à celui de la Factory de Warhol,  du fait que le lieu est en perpétuelle création.

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Évidemment, ce genre de création à ciel ouvert, qui ne respecte en aucun cas le règlement d’urbanisme de la ville et s’harmonise encore moins avec l’architecture classée de Saint-Romain, excède les citoyens au plus haut point et s’attire les foudres du maire, qui et je cite, « ne peut pas tolérer qu’on impose (ce spectacle) à la vue des gens ». De son côté, Ehrmann se défend plutôt bien en évoquant le fait qu’ «une oeuvre d’art qui ne dérange pas n’en est pas une », ce avec quoi je suis assez en accord : Duchamp et Malevitch, par exemple, ont fait scandale à leur époque lors de l’exposition de leur oeuvres et pourtant, ils ont contribué à la définition de l’art moderne (pour ceux qui ignorent qui est Marcel Duchamp, je suggère fortement une recherche Google :)

img_2922(« Il faut en moyenne un siècle pour que l’être humain moyen (sic) comprenne une oeuvre. Sauvegardons la maison du chaos pour que nos enfants puissent l’apprécier! »)

Le maire a donc porté plainte à la justice pour que la Demeure du chaos, qui est en fait un ancien relais postal datant du XVIIe siècle, soit restauré ou rasé, et avec sa destruction, 3000 œuvres contemporaines réduites en fumée, ce qui a provoqué une belle controverse et de sérieux démêlés avec la justice, Ehrmann refusant de détruire sa création et appelant les visiteurs à la résistance en nous distribuant tracts, affiches, livres (de propagande pour la survie de la Demeure) et pétitions. Selon ses dires, près de 2000 personnes visiteraient chaque fin de semaine le site… d’où l’importance de ne pas laisser la Demeure s’écrouler et de continuer à veiller à son élaboration.

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Malheureusement, ce qu’on retient de notre visite, ce n’est pas tant le noms des artistes ou même la signification des oeuvres les plus intéressantes (il aura fallu pour cela que je fouille sur le net pour saisir la démarche artistique dans sa globalité), mais bien le combat d’un seul homme pour sauver son jouet… C’est un peu dommage quand même, que les artistes soient carréments mis de côté pour que seul le nom du riche marchand soit mis de l’avant. Certes, il finance entièrement son projet (qui aurait apparement coûté jusqu’à maintenant plus de 900 000 euros, sans parler de l’amende quotidienne de 75 euros qu’il paye depuis octobre dernier pour refuser de détruire la Demeure), mais la démarche artistique du projet et surtout, ses créateurs, est un peu trop mise dans l’ombre et c’est franchement dommage.

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Bref, on aime ou on aime pas, mais faut avouer que c’est difficile de ne pas se sentir interpellé en la découvrant et d’acquiser à l’importance de sa conservation…

* Fait cocasse, le voisin a décidé de convertir le toit de sa maison en Demeure de l’Éden et y a joyeusement affiché des coeurs, des arcs-en-ciel et des mots d’amour, le tout dans des teintes très kitsh, bref, un dessert pour les pupilles en sortant du porche!

Au retour, inspirés par la température, nous avons fait un saut de puce à l’Ile Barbe, cette île située en plein de milieu de la Saône et à quelques minutes à peine de Lyon. Magnifique, l’île abrite une abbaye du Ve siècle et de nombreuses anciennes propriétés privées sous un flot de fleurs et de verdure. Et si je dis saut de puce, c’est que nous nous sommes (trop peu) longuement arrêtés, nous laissant à peine le temps de découvrir une partie de l’île. C’est donc partie remise et je compte y retourner très prochainement, probablement à bicyclette, en prenant mon temps cette fois-ci.

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Pour les photos de la Demeure du Chaos et une pincée de l’Île Barbe, c’est ICI, sur le nouvel album photo, qu’il est maintenant possible de commenter également.

*****

Qui dit printemps dit flânage des Lyonnais dans la rues et aux terrasses… mais aussi à la sortie des bouches de métro. Résultat : Élise a été victime deux fois plutôt qu’une des pickpockets âgés de quelques années à peine qui vous suivent de près dans les escaliers aux heures de pointe et tentent (trop) subtilement de fouiller dans votre sac à dos ou votre sac à bandoulière.

Quand à moi, j’ai eu la frousse de ma vie lorsqu’en pleine nuit, deux voix d’homme ont tentés de rentrer dans mon appartement, en forçant la poignée et vargeant dans la porte… Merci à ma Petite conscience, je ferme toujours à clée en rentrant chez moi et je m’en suis simplement sortie avec une bonne frousse. Bref, deux incidents qui nous ont rappelés que bien que Lyon soit maintenant ma ville et non plus seulement une escale d’un voyage quelconque, il est bon de garder les mêmes réflexes de prudence que lorsque je suis en voyage (oui oui maman, je suis prudente!)

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Et la semaine s’est terminée par une autre aventure rocambolesque à propos de mes verres de contact et  la naissance d’une haine profonde envers Postes Canada, que je raconterai une autre fois ou plus bas, dans les commentaires, puisque c’est assez long!

Et pour mettre un peu de beauté dans votre journée après des images aussi, euh, chaotiques, je vous laisse sur une petite merveille de court-métrage (dont la trame sonore est en plus celle d’un de mes groupes favoris), merveille encore tirée de youtube, puisque youtube renferme une panoplie de trésors qu’on connait que trop peu. Bisous!

5 réponses leave one →
  1. 2009 mars 29
    Amélie lien permanent

    Ok, je dois dire que ça fou la chienne ton histoire! Deux hommes en pleine nuit qui essaient de défoncer ta porte… Il me semble que je mettrais tous mes meubles devant la porte avant d’aller me coucher!

    Sinon, c’est plutôt spécial cette maison du chaos. J’avoue que ça doit quand même être impressionnant. En regardant uniquement tes photos, on dirait que mon cerveau était pas capable d’analyser tout ce qu’il voyait. J’imagine pas le voir en vrai! Je crois que j’aurais ressenti un certain malaise, ça me semble oppressant comme ambiance, tout ce chaos, non?

    Je ne sais pas si c’est par toi, mais j’avais déjà visionné le court métrage que tu as mis. Je me demandais où tu allais les chercher sur you-tube. Comment tu fais tes recherches ?

    xxxxx

  2. 2009 mars 30

    Salut lyly,
    Les images sont impressionnantes. Ça doit être bizarre de voir tout le chaos dans un même endroit.

    Pour ce qui est des deux messieurs, j’ai eu la frousse en te lisant. Continue d’être prudente parce que je te veux en un seul morceau le 25 mai (ben en fait le 26 mai)!!

    bizou xxx

  3. 2009 mars 31
    emmanuelle lien permanent

    La demeure du chaos… j’aurais voulu y être pour ajouter à l’explosion de haine en allant faire un ange de poussière sur le terrain.

    Les règlements d’urbanisme me choquent, j’en parlerai à mon étudiant-en-urbanisme-amoureux. À quel point le désir d’esthétisme de la ville peut-il miner un élan artistique partagé par plusieurs et reconnu comme touristique ? Le capitalisme est caché sous toutes les formes, parfois les plus viles, on dirait. Bien entendu, le débat tourne autour du richissime propriétaire, mais si au moins il se tient debout devant la municipalité pour la liberté de l’art et de la liberté d’expression, alors il mérite, selon moi, la médiatisation que son statut de mécène moderne lui apporte. J’aimerais le rencontrer et discuter un jour…

    En attendant de ne jamais souhaiter m’enrichir au profit d’un autre (Dis Ly, tu crois qu’on s’enrichit toujours au détriment de quelqu’un qui s’appauvrit ? Ça me fait souvent réfléchir…), je me sens privilégiée de ne pas avoir attendu 1 siècle avant de comprendre que la maison du chaos doit rester.

    Et élève modèle que je suis pour mon cours de « contrôle et manipulation de l’information », je serais curieuse de savoir ce que tu considères comme la limite entre la propagande et l’argumentaire (référence ici aux ouvrages de «propagande» offerts pour la conservation de la maison de Thierry Ehrmann).

    Bisoux mouillés (ici il pleut averse depuis 3 jours) !

    Manu
    xxxx

  4. 2009 mars 31

    :|
    euh…. j’ai trop pas aimé savoir qu’il y avait deux hommes qui te faire du mal….

    soit prudente ma puce… jtiens a toi

  5. 2009 avril 4

    @ Amé : Oui, oui, c’était moi :)

    @ manue : contente de voir que mon billet a réchauffé ton esprit! tu me manques décidément toi! :)

    je sais pas trop manue, la limite entre la propagande et l’argumentaire est ténue dans le cas de Thierry Ehrmann. À de nombreux endroits, le site est placardé d’affiches de magazines où Ehrmannfait la couverture, dans une pose mélodramatique un peu trop sensationnaliste à mon goût et je suis ressortie de la visite avec un sac en plastique plein de badges, d’affiches et autre trucs à l’effigie de Ehrmann et de son collectif sans vraiment l’avoir demandé (sac que j’ai ensuite mis à la poubelle avec tout son contenu, sauf le livre par contre… que je feuilletterai bien un jour…). Voilà l’emploi du mot propagande. À cela, faut bien dire qu’il n’a pas vraiment le choix de médiatiser son combat, effectivement…

    Nul doute que le combat pour la liberté d’expression est totalement justifié, voire vital dans le cas de la DDC, surtout que j’ai omis de dire qu’ils ont découvert les ruines d’un ancien temple protestant dans leur cour et que la ville les empêche de continuer les fouilles en dehors de leur terrain (et donc sur les terrains des citoyens avoisinants. Choquant, n’est-ce pas?

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