Le temps qui file…!

2009 mai 10
by ly

Ce billet a une saveur assez lyrique et introspective. J’ai décidé de le sortir de mon carnet personnel, simplement parce que le voyage en soi nous pousse inévitablement à s’ouvrir un peu sur le monde… et donc à vous, d’une certaine manière…! C’est bien non? ;-)

Parce que le temps file, parce qu’il ne faut surtout pas l’oublier, et parce que je passerai le cap des 4 mois en France dans quelques jours (déjà?) voici fin avril, dans sa splendeur verte!

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J’ai l’âme infiniment romantique ces derniers temps. Il y a longtemps que je n’ai pas ouvert de bouquin et je sens que mon écriture et que mes pensées s’en ressentent: il me semble que j’ai la tête vide, l’esprit plat, raplaplat. Et malheureusement, je dois commencer sérieusement à bosser pour la fac, puisque mes examens sont dans deux semaines à peine. En revanche, tous mes autres sens sont doublement en éveil; je sens à des kilomètres à la ronde les effluves du saucisson et le parfum sucré des pâtisseries dans les rues, mes yeux s’attardent plus longuement qu’avant devant le spectacle du coucher du soleil parsemé de flocons de pollen et mes pieds me guident désormais sans mal dans la ville, m’emmenant à mes endroits favoris sans même m’en rendre compte. C’est une sensation que j’aime bien en fait, se laisser guider par le charme de la ville, comme si elle et moi formions un tout, un couple harmonieux. :)

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Les températures chaudes aidant, j’ai maintenant pris l’habitude de délaisser plus souvent qu’autrement l’étroitesse de mon appartement pour aller lire sur les berges du Rhône ou simplement aller y flâner, en fin d’après-midi, plus particulièrement.

Il m’arrive donc souvent d’aller m’asseoir sur les remparts longeant les berges du Rhône, contemplant l’eau qui coule juste sous mes pieds, ainsi que les passants au soleil, simplement, bien, heureuse, en tentant de ne pas regarder ma montre, de ne pas penser à ce qui viendra après cette douce contemplation. Mais il y a toujours cette petite voix intérieure qui nous dit qu’il faudrait bien qu’on se bouge un peu, que la lessive nous attend, que le marché n’est pas fait, que le paysage sera encore là demain… Demain, oui…

Hélas! Quel piège ce demain. Quelle piège de croire qu’on aura toujours le temps de revenir, alors qu’on habite une ville que pour un certain temps. Qu’on peut passer plus vite, puisque toute cette beauté sera encore là demain…

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Mais non! Pardi! Il faut lutter plutôt, lutter contre cette voix qui veut sans cesse nous ramener à l’ordre, à cette efficacité américaine qui fait malheureusement partie de nous depuis toujours, pour plutôt verser dans la dolce vita européenne, dans le bonheur de sortir dans les rues pour simplement goûter au vent, admirer la beauté incroyable de la ville et profiter du moment qui passe, comme le font si bien les Français. Mais ce n’est pas toujours évident… D’autant plus qu’établir cette réflexion nous ramène immanquablement à réaliser la chance incroyable qu’on a d’être ici. Mais aussi de réaliser à quel point on est seul au bout du compte…

Et puis depuis quelques jours, je ressens une nostalgie très vive de Québec, de ses rues, de son odeur et de ses places. Cela est peut-être dû à la visite de mes parents, qui ont apportés avec eux un peu de la maison et de ses odeurs. Ou peut-être aussi puisque un ami français de Léo est entré en contact avec moi dernièrement, puisqu’il sera Erasmus à Laval en septembre prochain. Lui parler de la ville, de ses gens, de ses rues, a ravivé un paquet d’images et de souvenirs, ce qui contribue considérablement à brouiller mes repères, comme si j’avais un pied à Lyon et l’autre à Québec, dans l’attente et l’angoisse de devoir me réhabituer à un autre mode de vie, bien malgré moi, dans si peu de temps.

Bref, lutter, oui. Étrange comparaison, mais qui prend tout son sens pourtant lorsqu’on est face à ces deux modes de pensée diamétralement opposés. Or, dans mon désir de composer avec la dolce vita, j’ai décidé de passer la journée de jeudi dernier au parc de la Tête d’Or, situé à quelques minutes de chez moi à peine. J’y ai mis les pieds en compagnie de Julie, que j’avais invité à se joindre à moi, dans la chaleur d’un après-midi d’été parfait, avec ses 27 degrés celsius et son vent apaisant.

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Nous nous sommes allongées au pied des arbres, dans l’herbe parsemée de marguerites, les yeux dans notre recueil de Rimbaud et l’autre sur l’eau turquoise diaphane de l’immense lac du Parc. Les rayons du soleil qui filtraient à travers les feuilles du boisé donnait un air paradisiaque au lieu, baignant notre peau et l’herbe d’une douche lumière dorée, alors que le vent chaud soufflait dans les branches, comme dans un film (malheureusement, j’avais oublié d’apporter mon appareil photo…) Julie s’est mise à lire la poésie de Rimbaud, qui étrangement, correspondait exactement avec l’émotion que vous étions en train d’éprouver. J’avais l’impression de m’envoler tellement le moment était parfait, sublime :

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la nature, – heureux comme avec une femme.

- « Sensations », Arthur Rimbaud


Comble de la perfection, un jeune homme plus loin s’est assis sur l’herbe et s’est mis à gratter sa guitare, nous enveloppant d’une douce mélodie. J’étais émerveillée, encore une fois, par tant de grâce et de beauté dans un moment qui se produit probablement tous les jours, pourtant sans qu’on le sache et qu’on l’y assiste. Comme la vie peut être heureuse tout de même, lorsqu’on prend simplement le temps de la saisir…

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D’ailleurs, au marché l’autre matin, un vieil homme m’a apostrophé alors que je flânais entre les poireaux, en me disant, l’air mélancolique : « Et vous, la vie heureuse, vous en dites quoi mademoiselle? »

Je lui ai sourit et j’ai payé mes achats. En me retournant, il était parti plus loin, poser la même question à une vieille dame au coin de la rue. Ça m’a fait penser à ce personnage d’Hipolito, l’écrivain raté dans Amélie Poulain, qui se questionne à voix haute sur le sens de l’existence, l’air un peu meurtri. Les même yeux, le même accent, le même paysage. Et pourtant…!

5 réponses leave one →
  1. 2009 mai 11

    comme il est bon de te lire ma ptit lyly d’amour,
    bien que ton séjour à lyon tire bientôt à sa fin, il est chouette de voir que tu continue à en profiter à 100%.
    sérieux, tu m’as tellement fait vivre de beaux moments lors de tes deux derniers billets, j’aime tellement te lire et sans farce, avec tous ces SUBLIME billets que tu as écris tout au long de ta merveilleuse aventure, tu pourrais en faire un livre !
    c’est toujours un délice de te lire, et mon dieu que j’ai hâte de tvoir !!!

    profites en bien de ses derniers beaux moments à lyon, cette ville que tu as réussis à me faire tant appréciée !

    catouuu
    xxxxxxxxxxxxxx

  2. 2009 mai 11

    mon dieu, que j’aime ce billet que tu as écrit. il faut retourner à la tête d’or – ou ailleurs, parce que demain la beauté sera partout et nulle part à la fois :)
    et combien je suis contente de pouvoir vivre lyon avec toi!
    ciao, dolce lysandre!
    bisous.

  3. 2009 mai 13

    Salut ly,

    J’ai hâte de venir te rejoindre. Ton billet nous fait réfléchir et je me pensais la même chose que cath. Il faut que tu écrives un livre. Tu sais nous faire apprécier un moment en le décrivant du mieux que tu peux et on a presque l’impression de sentir nous même le vent dans le visage.

    À très très très bientôt!!

    mymy xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

  4. 2009 mai 14
    Sylvain lien permanent

    Oh que de mots, que de maux sur la nostalgie. Le temps file oui, il file et file encore plus vite losqu’il s,envole.
    L’air du Québec te manqu peut-ëtre ma belle. En tout cas tu nous manques.
    Dégustes ces dernièeres semaines, à petites lapées, et prends le temps de bien remplir tes yeux.

    A bientöt

    pap Sy

  5. 2009 mai 18
    emmanuelle lien permanent

    Bonjour chérie,

    désolée d’avoir délaissé ton blog depuis quelques temps. Je me rattrape en lisant tous tes billets.

    Étrangement vu que je ne vis pas la même situation que toi, je te comprends. C’est beau mais triste à la fois.

    Bisouxxx

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